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Compilation de soutien pour les habitants du nord-est du Japon. Playbutton est un badge / lecteur audio avec prise casque intégrée.…


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Electronica surréaliste et bricolage grotesque mâtiné d’une insolente perversité. “Satanicpornocultshop est à mille lieues d’un groupe de rock. C’est plutôt une collection d’univers disparates et pas forcément toujours compatibles qui finissent par s’imbriquer d’une façon ou d’une autre. C’est un ‘groupe’ très schizophrène.” (Ugh)
Une mulitude de couches sonores transpercées par un seul ‘beat’, voilà une façon aisée de décrire à la fois la complexité et l’évidence de la musique de Satanicpornocultshop. Bien qu’originaires d’Osaka, il n’y a rien de particulièrement japonais dans leur musique. Satanicpornocultshop est global, lié à ses compagnons d’aventures collagistes, plagiaristes et autres plunderphonistes (Kurt Schwitters, Negativland, John Oswald, etc.) L’absurdité humaine est certainement leur influence principale.
Lorsqu’on découpe un vers de terre et qu’on assemble les morceaux dans un ordre différent, est-ce que cela reste un vers de terre ?
Pourquoi continuer à produire de la musique alors que l’industrie nous décharge un flux constant d’idoles gâtées et de héros réanimés ?
“Satanicpornocultshop, c’est du ‘bricolage’ : il y a tellement de choses qui existent déjà, tellement de disques et de bazar… Je préfère réutiliser tout ce foutoir destiné au rebut plutôt que d’ajouter ma couche de neuf à la pile. Rien ne doit être complètement respecté, rien n’est irrécupérable.” (Ugh)
Non seulement le recyclage des fragments de cette gigantesque décharge est une machine à recréer du (non)sens, mais elle est salutaire. Cet exercice nous laisse entrevoir notre splendide modernité et ses excès. Est-ce seulement la réorganisation des sons qui nous procure cette étrange impression ? Ou alors, est-ce qu’en écoutant ces fragments de conscience collective disséminées hors contexte, nous réalisons soudain avec quelle affligeante pâtée l’industrie du divertissement nous nourrit.
Satanicpornocultshop balance une sorte de hip hop futuriste, remixant à l’infini des boucles rythmiques contondantes ‘empruntées’ presque au hasard des détours de la musique populaire. Pour eux, toutes les musiques se valent, la hiérarchisation des genres n’a aucun sens, Madonna et Crass sont dans le même panier.
“Les reprises sont pour nous des remixes, des remixes perpétuels. Nous prenons une chanson et nous la remixons, et nous la remixons encore, comme du ‘morphing’, nous transformons Kylie Minogue en David Bowie. (…) Ce processus n’a pas forcément de fin, la seule forme de ‘fin’ c’est quand je m’endors, ou que je dois partir travailler. A part ça, je ne vois pas de raison ou de moment propice à l’ ‘arrêt’. Un disque (un produit fini) demeure pourtant satisfaisant : il représente le meilleur état de nos créations à un moment donné.” (Ugh)
Le duo composé d’Alan Folkroe et de DJ Ghammehuche posait la première pierre du château surréaliste appelé aléatoirement ‘Satanicpornocultshop’, en 1997. Leur premier album voluptueusement intitulé ‘Nirvana or Lunch ?’ sortait en 1998 sur leur propre label NuNuLaxNulan. L’art de la confusion déjà très présente dans leur œuvre : leur troisième album hommage à John Waters ‘Baltimore 72’ (1999) sortait un an avant leur second album ‘Belle Excentrique’ (2000). Ce premier chapître de la vie de Satanicpornocultshop se terminait sur la soudaine mort symbolique de Alan Folkroe en 2001, soit disant à cause d’une chute mortelle, se fracassant la nuque (coup du lapin).
Le vaisseau démoniaque fut abordé par quatre nouveaux pirates: Meu-Meu et ses performances douteuses, Es mixeur aux nerfs d’acier, Vinylman scratchant avec attitude et Ugh, MC improbable et chef d’orchestre mal assumé. Le groupe fut rejoint un peu plus tard par Lisa, muse chantante, apportant la douceur de sa présence et la clarté de sa voix. Tous ensemble, ils déplacèrent le collage éro-grotesque de Satanicpornocultshop, vers une sorte d’électronica contagieuse qui commença à se propager à travers la planète.
Alors que ‘dada’ est un terme fourre-tout souvent invoqué par les critiques pour décrire leur musique, les principaux intéressés pensent plutôt que le terme ‘bricolage’ est celui qui les définit le mieux. Comme ses influences, la production de Satanicpornocultshop ne se limite pas à la musique, elle bouillonne et déborde par-delà les contours de l’art, répandant irrespecteusement idées et images sur la moquette de votre salon.
“La musique à elle seule n’est pas vraiment une influence : elle ne fait sens que dans un ensemble d’éléments hétéroclites. Sun Ra, Lévi-Strauss, Boredoms, la façon dont mes enfants marchent, les assurances sociales, le journal, Prefuse 73 et des gamins qui chantent – là, ça commence à faire sens.” (Ugh)
(À suivre...)
© 2006 texte : Franck Stofer, photo: Albane Laure
Télécharger la musique de Satanicpornocultshop sur : iTunes, Beatport, Juno Download
Dans un maelström supersonique Maruosa exécute une performance à la violence digne d’une fresque infernale italienne du XVe siècle. Seul sur scène, notre homme dégage une énergie largement équivalente à celle d’un groupe de death metal tout entier passé à la moulinette breakcore électronique. Hurlements d’outre-tombe et tourbillon chevelu à émerveiller les vendeurs de shampoing du monde entier, Maruosa démontre pourtant que l’ultra violence musicale n’est pas forcément synonyme d’épouvante et de destruction.
Hors de scène, il est un jeune homme calme et posé, soucieux de son hygiène alimentaire et physique. Ce qu’il veut transmettre au public c’est une énergie humaine et positive. Maruosa dit : « Il y a beaucoup de gens au Japon qui ne sentent pas bien, et ils écoutent de la musique ambiante, calme et planante pour se consoler. Je crois que c’est une erreur, ils feraient mieux d’écouter une musique comme la mienne pour se remonter le moral. » Une thérapie par électrochoc comme le suggère le titre de son album « Exercice and Hell ». Paradoxe d’une transmission d’énergie positive puisée dans une musique à priori bruyante et chaotique.
Au départ la musique n’intéressait pas vraiment Maruosa, il préférait se plonger dans la lecture de Gegege no Kitaro de Shigeru Mizuki, un de ses mangas préférés. Mais un jour il écoute par hasard un morceau de YMO et découvre que la musique ne nécessite pas forcément de paroles, qu’elle peut être instrumentale. Il creuse cette piste jusqu’au jour où un ami lui montre un logiciel informatique qui lui permet de construire ses propres morceaux. Vers 2001, il commence par produire de la pop ( ! ) et on lui propose de collaborer avec 2 joueurs de Gameboy. Il accepte, mais prend le micro pour changer ses habitudes. Il se met à hurler et c’est le déclic. Sa musique change subitement de direction avec cette nouvelle arme surpuissante qu’il vient de découvrir.
La formule est explosive. En l’espace de quelques années, Maruosa enchaîne les tournées marathons à travers le Japon et l’Europe, et monte même sur la scène du festival Sonar à Barcelone en juin 2008 avant d’attaquer une série de concerts en Océanie. Il est un homme actif. Il sait développer son réseau en organisant des concerts sur Tokyo et gère même son propre label Rendarec, qui diffuse enregistrements et informations provenant de ses copains musiciens MIDI-sai, aaaaa, Ove-Naxx, Bogulta, DJ Scotch Egg et Doddodo.
© 2008 texte : Franck Stofer, photo : Eric Bossick
Télécharger la musique de Maruosa sur : iTunes, Juno Download
Robots chanteurs aux poumons de papier "Seamoons", guitares automatiques "Ultra-folk" et boîte à rythme mécanique "Koi-beat", l’ingéniosité créatrice de Maywa Denki puise sa force dans les paradoxes : travail d’orfèvre passionné / présentations publiques déjantées ; prétentions artistiques novatrices / stratégie marketing assumée. Comme Bruno Munari, Nobumichi Tosa donne vie à ses automates de résine et d’aluminium, machines irrésistibles et capricieuses, dont il exalte la vaine beauté mécanique.
Le père Tosa créa la Maywa Denki en 1969. Une de ces nombreuses petites entreprises qui mettaient leur flexibilité au service des grandes firmes japonaises et sur lesquelles s’appuyait la croissance et le dynamisme du Japon des années 60. Malheureusement, la Maywa Denki comme tant d’autres, subit la dépression de plein fouet et ferma ses portes en 1979. En 1993, les deux rejetons de Monsieur Tosa, Masamichi et Nobumichi, créèrent le groupe artistique Maywa Denki.
Exécutant d’abord leurs performances dans les galeries de Tokyo, Maywa Denki est devenu, quelques apparitions télévisées plus tard, une machine artistique incontournable. Ils utilisent le vocabulaire et l’imagerie de l’entreprise pour diffuser leur travail. D’un côté l’uniforme rassure les japonais, de l’autre l’effet produit par une équipe de bonshommes bleus à casquette qui se démènent pour présenter des créations loufoques est simplement irrésistible.
En 2001, réorganisation interne : le grand frère Masamichi, un peu volage, prend sa retraite à l’âge de 35 ans. Nobumichi Tosa, le cadet sérieux et appliqué, est alors naturellement et officiellement nommé Président de la Maywa Denki. Le concept trouve en fait sa source dans le projet de fin d’étude d’ingénierie de Nobumichi Tosa. Il créa une série d’instruments au design absurde et poissonneux qu’il présenta au jury emballé. Depuis, il garde le cap et joue avec cet équilibre entre le travail de création et les présentations publiques : l’aspect Grand-Guignol.
Ces objets d’art sont fabriqués en exemplaire unique. Voués à rester à l’état de prototype, leur usage est très limité, voire nul. Nobumichi Tosa réalise un travail d’orfèvre en atelier. Il exalte la beauté mécanique de ses créations nées de la fusion de la résine et de l’aluminium. Certaines machines sont parfois reproduites en petites séries, versions simplifiées et épurées des prototypes. Un troisième niveau d’objets est exploité commercialement, gadgets signés Maywa Denki : rallonges électriques en forme d’arête, petits personnages en plastique qui se tapent sur la tête...
Le travail de Maywa Denki est classé en 3 séries : Naki, Tsukuba et Edelweiss. Bien que ces séries soient distinctes, ils existent des ponts entre-elles. Naki est la première série développée par Nobumichi Tosa sur le thème : Qui suis-je ? 26 objets en forme de poisson le renvoient à lui-même et à son rapport avec le monde. La série Naki comporte quelques instruments emblématiques de Maywa Denki : la Koi-beat, boite à rythmes portable en forme de carpe avec interrupteurs électriques incorporés, ou le fameux Pachi-moku, sorte de marimba à 2 tons se déployant dans le dos comme deux ailes métalliques et actionné en claquant des doigts.
© 2006 texte : Franck Stofer, photo : Albane Laure
Doravideo est un projet mêlant musique et manipulation vidéo. Fixés à une batterie, des capteurs transmettent à l'ordinateur un message différent selon l'élément frappé : la grosse caisse déclenchera par exemple la lecture de la vidéo, la caisse claire la lecture en arrière, les cymbales l'avance rapide, etc... Les spectateurs entendent à la fois le son de la batterie et le son d'origine du film retravaillé en direct selon des techniques parfois héritées du hip hop.
Le projet Doravideo est mené par Yoshimitsu Ichiraku, né en 1959 loin de Tokyo. Enfant, il écoute en secret les Doors, Led Zeppelin et Jethro Thull de peur qu'en découvrant ses gouts musicaux ses parents ne le croient délinquant. Au tout début des années 90 Ichiraku se fait connaître lors d’apparitions aux côtés de nombreux artistes japonais et occidentaux de la scène "improv" tels que Yoshihide Otomo, Haco, Pascal Comelade, Eugene Chadbourne, Chris Cutler, Gong, Kevin Ayers, Keiji Haino, Kazuhisa Uchihashi. En 1996 il intègre le trio du Coréen Choi Song Bae, puis Omoide Hatoba (aux côtés de Seiichi Yamamoto) et I.S.O. avec Yoshihide Otomo et Sachiko M. En 2001 il accompagne le groupe Acid Mothers Temple pour sa tournée aux États-Unis et en Grande Bretagne.
Il se produit ensuite à travers le monde sous le nom de All Asian Traditional Pop Orchestra, une formation de batterie solo (!), à laquelle il décide sur le tard d'ajouter une dimension visuelle. Téléphage invétéré et fasciné par les ondes électromagnétiques produites par le changement rapide d'images sur l'écran il décide d'ajouter de la vidéo au projet, "pour rendre les choses plus amusantes". Le programmeur Takayuki Ito conçoit pour lui un système informatique sur mesure, d'abord "Paradrum", puis "Doravideo" en 2004. Ce nom est dérivé de "Doraemon", personnage de bande dessinée né dans les années 50, devenu une icône de la culture populaire japonaise.
Le chat-robot Doraemon sort de sa poche ventrale un nombre illimité d'inventions invraisemblables. Ainsi l'abréviation "Dora" suffit elle seule à trahir le goût d'Ichiraku pour l'imprévisible et l'absurde, un bricolage donnant naissance à des résultats inattendus et d'infinies potentialités. L'humour légèrement irrévérencieux de Doraemon et ses discrètes allusions aux problèmes de société, voire parfois au comportement du Japon durant la Seconde Guerre Mondiale, sont des caractéristiques qu’il a su reprendre et amplifier de manière spectaculaire.
Les vidéos sont de toutes sortes et réunies sans apparente cohérence : films d'entreprise relatant la visite d'une usine par des cols blancs, extraits de Shining de Kubrick, concerts de musique contemporaine, clips musicaux de variété nippone ou défilé de l'Empereur du Japon. Parmi ce deluge d'images irrévérencieuses émerge parfois une charge politique. Les moments les plus jubilatoires sont ceux où l'artiste fait coïncider le détournement visuel et le divertissement le plus enfantin.
Tout à la fois populaire, scabreux et provocateur, Ichiraku s'oppose délibérément aux critiques estimant qu'un tel projet trouverait davantage sa place dans les musées et les galeries, "si seulement il choisissait des matériaux de meilleur goût"... Son refus d'adhérer à une vision élitiste et austère de la création contemporaine se manifeste notamment en 2000, lorsqu'il reçoit une Mention Honorifique du prestigieux festival autrichien des arts multimédia Ars Electronica qu'il ne prend pas la peine d'aller chercher !
© 2006 texte : Franck Stofer, photo : Albane Laure
Hyperactif à tendance schizophrène, Satoru Wono joue avec les extrêmes et s’amuse à brouiller les pistes. À contre courant des modes et des mouvances, il revendique le statut de compositeur "à l’ancienne" (écriture de partition) alors qu’il s’ingénie à utiliser les outils de pointe pour repousser les limites de la création. Sans tomber dans les travers conceptuels, sa musique s’adresse autant au corps qu’à l’esprit. Cellules hypnotiques et décorticage rythmique, Satoru Wono explore les chemins de traverse qui mènent à la transe.
Satoru Wono est né en 1964 et vit à Tokyo. Grand amateur de films hollywoodiens dans sa jeunesse, il s’est laissé séduire par leur bande son. Lorsqu’à l’université il découvre que celles-ci sont très largement inspirées des musiques modernes de la fin du 19e et du début du 20e siècle, il se lance dans l’étude de la composition classique. Mais dans les années 80 à Tokyo, on se passionne pour les nouvelles musiques électroniques et le jeune Satoru, qui s’intéresse de plus en plus aux samplers, synthétiseurs, séquenceurs digitaux et autres appareils informatiques, passe ses nuits à danser dans les clubs branchés de la ville.
En 1987, il obtient un prix de composition de l’Association pour la Musique Japonaise Contemporaine et débute sa carrière de compositeur. Après plusieurs années dans la musique expérimentale, il sort Sweet Science et El Niño, fusion de l’électronique et du ‘latin pop’. Parallèlement, il poursuit ses recherches expérimentales et électro-acoustiques dans Sauvage et Sonata for Sine Wave and White Noise. Professeur associé à la faculté d’art plastique de l’université de Tama (Tokyo), il enseigne la musique et le cinéma et est l’auteur de plusieurs ouvrages sur la musique et les technologies.
Compositeur, DJ, écrivain et critique, producteur et arrangeur… c’est en parcourant l’abondante diversité des oeuvres qu’il a pu composer ou produire que l’on prend la mesure de tout ce dont il est capable. Multipliant les casquettes, Satoru garde pourtant une approche atypique et une réflexion personnelle sur son travail.
Satoru aime recycler et intégrer à ses propres pièces des sons habituellement utilisés dans d’autres formes de musique. Bien que travaillées de façon extrêmement précise, ses oeuvres n’en sont pas moins terriblement jubilatoires. Figure essentielle de la scène avant-gardiste nippone, il est par ailleurs directeur musical de Maywa Denki.
© 2006 texte : Franck Stofer, photo : Albane Laure
Télécharger Satoru Wono sur : iTunes, Beatport, Juno Download
Picopico est un artiste créateur de monstres dits « kaiju ». Le sens du mot « kaiju » se forge dans le Japon de l’ère Edo au 17e et 18e siècle, où l’on utilise ce terme pour désigner des animaux étranges et fantastiques, doués de pouvoirs magiques. Aujourd’hui, par « kaiju » on entend un animal imaginaire, en général de grande taille. Le point de départ du « kaiju » moderne au Japon est le premier Godzilla en 1954, suivi de la série télévisée Ultraman à la fin des années 1960. Les années 1970 seront marquées par un « kaiju boom » à la télévision.
Étudiant en littérature japonaise, Picopico se met presque par hasard à fabriquer de petits personnages en pâte à modeler, puis finalement des monstres en peluche qu’il réunit lors d’une première exposition. Il s’agit plus d’un glissement qu’un déclic, rien de traumatique ou d’obsessionnel dans cette monstrueuse pratique plastique. Juste une furieuse envie de fabriquer des choses qu’il n’a jamais vues. Depuis 5 ans, Picopico tient consciencieusement un carnet de croquis dans lequel il dessine un « kaiju » chaque jour pour se tenir en forme, pour muscler son imagination.
Les monstres de Picopico naissent ici-bas. Ce ne sont ni des créatures extra-terrestres, ni des personnages fantastiques. Ils ont chacun leur caractère et leur spécificité. Prenons les monstres « Beckos » et « Neba » : « Le nom « Beckos » vient d’un dialecte du nord du Japon qui signifie « vache », c’est un monstre cornu. Beckos est très proche de moi, j’aime sa couleur bleue, sa forme, pas extrême, plutôt standard. Mais sa langue est longue, comme celle des dieux de Papouasie Nouvelle-Guinée. Le monstre « Nattokaiju Neba », lui, il pue et il colle, c’est sa particularité ! C’est parce qu’il est fait en natto (graines de soja fermentées)! » dit Picopico.
Les monstres « kaiju » de Picopico ne sont pas méchants. Ils vivent hors des concepts du bien et du mal, de la justice et de l’injustice conçus par l’homme. « Un énorme « kaiju » écrase des immeubles et des gens en se promenant, mais il le fait sans aucune méchanceté, il ne fait que marcher » explique Picopico. Pour les enfants comme pour les adultes, les monstres excitent certaines passions : la peur chez les enfants, le goût de l’étrange chez les adultes. Mais le monstre amuse et intrigue tout le monde, de sa seule présence émane une force incroyable.
Texte : Franck Stofer (2008)
Photo : Eric Bossick (2008)
Artistes phares du label Tokyo Fun Party organisateur des fêtes les plus prisées de la capitale, les Chimidoro secouent les normes électroniques. Formation atypique composée d'un DJ, d'un bassiste et de 2 MC, les Chimidoro sont d’une efficacité implacable. Leur point de départ musical c’est DJ Funk et la Ghetto House, ce courant électronique originaire de Chicago, mélange radical de musique techno et de hip-hop. Mais avec une approche dilettante et un humour potache ils transforment cette Ghetto House en électro rap de second degré, fiévreux et communicatif.
« Chimidoro » veut dire « ensanglanté ». C’était le nom d’une bande de motards qui apparaissait dans une série télévisée japonaise dans les années 1970-1980, « Kinpachi Sensei » (Professeur Kinpachi). À cette époque 3 jeunes lycéens, Nao Suzuki, Kusumoto et Miyama regardent cette série et décident qu’eux aussi un jour, ils monteront leur propre gang qui s’appellera « Chimidoro ». Les années passent... À la fac, Nao Suzuki est fasciné par la scène techno/house de Chicago et de Detroit (Underground Resistance). Il achète son premier sampler et commence à bricoler ses compositions électroniques.
Nao Suzuki fait écouter DJ Funk à ses copains Kusumoto et Miyama, ces deux derniers accrochent. La gouaille de Kusumoto et le bagout de Miyama collent à merveille aux rythmiques électroniques propulsées par Nao. Ils décident finalement de monter un groupe plutôt qu’une bande de motards mais gardent le nom Chimidoro. Par mimétisme ils vont au plus proche de cette musique Ghetto House, mais ne comprenant pas l’anglais Kusumoto et Miyama s’ingénient alors à trouver des équivalents japonais aux sonorités anglophones. Quelques concerts plus tard, Ichinomiya (guitare basse) rejoint Chimidoro.
En 2007 le groupe existe déjà depuis plus de 10 ans quand ils sortent leur premier album « Minna no Uta » sur Tokyo Fun Party. Les Chimidoro sont devenus adultes et ils ont tous du boulot : ils construisent des bâtiments ou des systèmes réseaux informatiques, conçoivent des moteurs de recherche pour Internet ou dessinent pour la pub. La réputation de Chimidoro va grandissante mais ils gardent la tête froide. Le groupe est à la fois un prétexte pour se réunir entre copains et une sorte d’exutoire pour se libérer des frustrations du quotidien. Les Chimidoro ne se prennent pas vraiment au sérieux et ne cherchent pas non plus l’originalité à tout prix, mais leur electronica claquante et enjouée leur donne cette fraîcheur incomparable qu’ils savent transmettre puissamment sur scène.
Texte : Franck Stofer (2008)
Photo : Eric Bossick (2008)
Opérette, musique tzigane, folklorique, cabaret, chanson japonaise, J-Pop ou visual-kei ? La musique de Kokusyoku Sumire est un peu de tout ça à la fois. Parées de toilettes somptueuses et de coiffures extravagantes, les deux nymphes de Kokusyoku Sumire inventent une musique onirique où le lapin d’Alice au Pays des Merveilles croise mon ami Pierrot.
Il était une fois Kokusyoku Sumire (Les Violettes Noires), deux jeunes femmes tout droit sorties d’un rêve de jeune fille. Yuka, pianiste et accordéoniste à la voix de soprano, dégage une énergie communicative. Sachi, violoniste et joueuse de sifflet en forme de petit canari est une égérie du courant de mode japonais gothic lolita qui enflamme le cœur des jeunes européennes. Leur goût pour les contes, les légendes et les histoires effrayantes est leur terrain d’entente.
Mais Kokusyoku Sumire ne jouent pas dans le pathos. Si au détour d’une chanson en japonais elles relatent les passions qui dévastent l’âme, elles interprèteront dans la foulée une version improbable de Carmen ou une marche militaire début du siècle dernier. Leurs costumes chamarrés suivent la cadence: tantôt Petit Chaperon Rouge, tantôt Marie-Antoinette, voire kimono si l’ambiance s’y prête. La magie opère et le public s’émerveille, comme un enfant curieux qui ouvre une boîte à musique ou un coffre aux trésors.
Les Kokusyoku Sumire poursuivent la tradition des premiers explorateurs / compositeurs japonais comme Rentaro Taki ou Kosaku Yamada qui partent pour l’Europe à la fin du 19e siècle et ramènent au Japon la musique classique moderne. Une fois adaptée en japonais, cette musique perd un peu de sa superbe en devenant plus familière, mais conserve une exquise tonalité exotique. Yuka et Sachi jouent avec cette ambiguïté et proposent une musique qui sonne délicieusement rétro pour les Japonais comme pour les Européens.
La musique des Kokusyoku Sumire semble suivre exactement la même construction esthétique que les costumes représentatifs du mouvement gothic lolita. Ceux-ci sont souvent le résultat d’adaptations (customisations) japonaises de vêtements européens d’un autre âge : jupes bouffantes, tabliers en dentelles, voilettes, mini-chapeaux, etc. Il y a un rapport évident entre cette nouvelle mode et leur musique, et l’on comprend mieux leur assimilation à ce mouvement.
Cependant il serait maladroit de les limiter à un mouvement de mode pour jeunes adolescentes. Tim Burton vient souvent les voir en concert quand il passe sur Tokyo et il semble qu’une certaine complicité se soit installée entre le réalisateur et les deux musiciennes. Sûrement leur goût partagé pour l’univers mystérieux des contes d’autrefois et les histoires sombres à la beauté gothique.
Texte : Franck Stofer (2009)
Photo : Eric Bossick (2009)
L’univers d’Akane Hosaka est peuplé de wallabies souriants, d’automates bigarrés et de petits singes joueurs de tambours. Des rythmiques électroniques bondissantes et des lignes mélodiques au goût délicieusement rétro s’entrelacent comme les motifs sur un cerceau d’acrobate. On pense au Yellow Magic Orchestra revisité par Jacno, mais une double tension nous tire à la fois vers les précurseurs électroniques des années 1960 et vers une musique résolument moderne et bien ancrée dans ce début de 21e siècle tendance 2.0.
Étrangement, Akane Hosaka trouve son inspiration musicale d’abord dans les images. Les expositions, les livres pour enfants, les paysages sont le point de départ de ses compositions. Les images provoquent des émotions, ces émotions évoquent une musique. Akane Hosaka s’applique à retranscrire cette musique née des images. Particulièrement sensible aux formes graphiques et aux délires architecturaux d’artistes comme Keiji Ito, Archigram ou Bruno Munari, elle est également incollable sur les films français d’animations image par image en volume (stop-motion) des années 1960-1970 comme Colargol, Le Manège Enchanté ou Chapi-Chapo.
Nostalgique ? Pas vraiment puisque Akane Hosaka est née dans un autre espace/temps. Juste un goût prononcé pour ces années glorieuses, où des artistes dotés d’une imagination sans limites défrichaient des pans entiers de l’histoire de l’art. Cette attirance se retrouve aussi bien dans son panthéon musical où Raymond Scott, Perrey&Kingsley et Dick Hyman tiennent une place à part, mais aussi plus généralement pour tout ce qui touche à l’âge d’or des synthétiseurs analogiques. Akane Hosaka a parfaitement assimilé ces influences et donne aujourd’hui à travers ses compositions sa propre interprétation du monde qui l’entoure. Elle s’amuse à transformer en musique les petits incidents de la vie quotidienne.
D’un naturel plutôt réservé, elle donne des concerts aussi rares que précieux. Sur scène, la distanciation entre la musique vive et enjouée et l’apparente austérité de l’artiste peut être déstabilisante. Mais Akane Hosaka est perfectionniste ; tel un orfèvre dans son atelier elle se sent plus à son aise dans son studio à peaufiner ses compositions électroniques. Déterminée, elle dit : « Produire du son est mon rêve depuis que je suis enfant, je ne peux penser à autre chose, l’acte de composer est devenu pour moi naturel ». Elle aime se sentir libre et n’aime pas les catégories trop étroites, elle ne veut pas être classée dans un rayon « pop électronique », Akane Hosaka préfère pouvoir laisser libre cours à son imagination.
Texte : Franck Stofer (2008)
Photo : Eric Bossick (2008)
Icônes toy-pop tokyoïte, Mayutan, Candy et Fredy font venir à eux les petits enfants. De leur univers peuplé de personnages fantastiques et hommes peluches est né Applehead, transformant les comptines en tubes FM à l’efficacité imparable. Disparaissant derrière des doubles virtuels, laissant aux images le soin de mener la danse, ils s’évaporent vers le pays des songes.
Dès son enfance Mayutan connaît une passion pour la musique qu’elle ne se contente pas que d'écouter : très vite elle va développer un goût pour imiter, jouer, danser sur celle qu'écoute ses parents. Petites chorégraphies fantaisistes et naïves qui vont bientôt se renforcer de ses propres enregistrements sur cassette. Dès lors elle s'aperçoit que l'on peut travailler la matière sonore, jouer de sa voix, s'exprimer de parures et surtout sortir toute l'énergie qui est en elle.
Parmi la discothèque familiale, les disques de DEVO, Yellow Magic Orchestra et Jun Togawa (une des premières artistes japonaises à jouer la pseudo chanteuse pop sur le registre techno pop du début des années 80) vont l'influencer de manière durable. Dès son adolescence, son timbre de voix lolitesque et ses nombreux déguisements vont faire sa réputation lors de ses premières apparitions scéniques.
Un trio techno-pop
Très vite Mayutan va trouver la combinaison qui va lui permettre de développer son talent vocal et scénique : un trio techno-pop ! Rejoint par Fredy et Candy qui arrangent pour elle des chansons mêlant l'esprit du début des années 80 et le son de ce début de siècle. Le trio utilise des guitars jouets, des caisses claires électroniques, développant un univers étrange et drôle qui leur est spécifique.
Leurs performances live sont accompagnées de projection de dessins animés type manga." Très vite des artistes de la nouvelle scène japonaise tels qu'ASTRO-B, Hi-Posi, Techma!, Yuichi Kishino vont participer à leurs albums, les rejoindre sur scène. Polyvalente, Mayutan produit par ailleurs de la musique pop pour enfants et le timbre de sa voix est souvent utilisé pour des spots publicitaires. Mais c'est en concert qu’elle doit être vue ! Les déguisements de son enfance ne sont pas rangés au placard bien au contraire ! Et comme elle se plaît à le dire : "la musique d'Applehead provient d'un monde non humain, à mi-chemin entre l'enfance et le monde animal..."
© 2006 texte : Franck Stofer, photo : Albane Laure
Télécharger Applehead sur: iTunes, HearJapan, Juno Download
La rencontre entre Exo-Chica chanteuse vampire et Raveman compositeur electro-maniaque à l’apparence coincée entre Dark Vador et Jason de Vendredi 13 ne pouvait être qu’explosive. Après leur maxi Vampire Ecstasy en 2004 et leur single Death Folder en 2005, Aural Vampire sortent leur premier album Zoltank sur la major japonaise Avex en 2010.
Qualifiée de synth pop / dark wave, la musique d' Aural Vampire est effectivement multi-facettée. Exo-Chica est fan de chanson populaire japonaise comme le kayokyoku ou l' enka, alors que Raveman trouve son inspiration dans la techno et la dance music allemande. La formule détonne et donne ce mélange indéfinissable, sorte d’hybride J-pop electro-dance. Le décalage qui existe entre leur imagerie dark et leurs concerts est réjouissant. Sur scène Raveman joue les trublions et enchaîne les gags absurdes pour déstabiliser la belle Exo-Chica.
Aural Vampire sont perfectionnistes et ne laissent rien au hasard. De la conception des visuels pour leurs disques jusqu’à leurs costumes de scène, tout est calculé, pesé et réfléchi. S’ils peuvent parfois faire penser à des personnages de dessins animés japonais, Exo-Chica et Raveman ne sont pas issus du monde du cosplay. Ils viennent plutôt de l’univers « indus » et « gothique » avec un goût marqué pour le travestissement, le fétichisme et les films d’horreur.
« Dans les films d’horreur, il y a évidemment la peur et les cris, mais aussi une certaine beauté et une tension très forte. C’est cet ensemble que nous voulons exprimer à travers notre musique. S’il manquait un de ces éléments l'équilibre serait perdu » dit Raveman.
La musique de Raveman est ciselée, techno pop évoquant parfois la new wave des années 1980. Certains titres comme « Shonan Zoku » ou « Darkwave Surfer » sont implacables.
Pour élargir le spectre il est intéressant d’écouter Futon Disco, le projet solo de Raveman. « La musique de Aural Vampire est consciemment plus pop, alors que Futon Disco est un hobby pour Raveman, une musique plus personnelle. Si à côté d' Aural Vampire il n’avait pas Futon Disco, il exploserait. C’est nécessaire pour son équilibre psychique » (Exo-Chica).
Texte : Franck Stofer (2010)
Photo : Eric Bossick (2010)